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Au bout de combien de temps un citronnier donne-t-il des fruits ?

Citronnier chargé de citrons encore verts, quelques mois avant la récolte

Un citronnier greffé peut fleurir dès sa première année chez vous. Un citronnier issu d’un pépin
peut vous faire attendre plus de quinze ans. Entre les deux, il n’y a pas une différence de
croissance, il y a une différence de nature : le premier porte un greffon déjà adulte, le second
doit traverser sa jeunesse avant d’en être capable.

La question se retourne donc assez vite. Sur un sujet greffé, le vrai sujet n’est pas de savoir
quand l’arbre pourra donner, mais à partir de quand vous allez le laisser faire. Chez nous, les
fruits des deux premières années sont retirés, et il faut compter quatre ans pour qu’un arbre
installé dans un nouvel environnement porte une vraie récolte.

La juvénilité, le mot qui manque à presque toutes les réponses

Les durées que l’on trouve en ligne vont de trois ans à quinze ans sans que rien ne les explique.
Le mot qui manque est celui-ci : la juvénilité. Un agrume issu de graine traverse une phase
pendant laquelle il ne fleurit pas, quels que soient vos soins, votre engrais et votre exposition.
Ce n’est pas un problème de culture, c’est un état de la plante.

Les ordres de grandeur publiés par la recherche sont larges, et c’est en soi une information.
Marutani-Hert et ses coauteurs, dans PLoS One en 2012, écrivent que la phase juvénile prolongée
des agrumes « demande typiquement au moins cinq à dix ans avant la floraison », et situent plus
largement le passage à la phase adulte reproductive entre deux et vingt ans selon les cas. Du
côté des services de vulgarisation agricole, l’université de Floride indique que la production de
fruits d’un semis « n’intervient généralement pas avant de nombreuses années, à cause de la
juvénilité ».

Nous avons vu, sur le domaine, un citronnier de semis mettre jusqu’à seize ans avant de donner.
Ce n’est pas une moyenne et nous ne la présentons pas comme telle : c’est la borne haute de ce que
nous avons constaté, et elle tombe dans la fourchette que la recherche décrit. Si vous semez un
pépin aujourd’hui, la réponse honnête à votre question est que vous ne savez pas si vous attendrez
six ans ou le double.

On lit souvent que le fruit obtenu ne ressemblera pas à celui dont vient le pépin. Chez les agrumes,
la question est plus technique qu’il n’y paraît et les avis divergent selon les espèces. Elle est
surtout secondaire : avant de savoir à quoi ressemblera le fruit, encore faut-il en voir un, et
c’est le temps qui tranche.

Un arbre greffé ne « pousse pas plus vite », il part adulte

C’est le point que presque aucun article ne formule, et il change tout. Quand un pépiniériste
greffe, il prélève du bois sur un arbre en production, c’est-à-dire sur un sujet qui a déjà franchi
sa juvénilité. L’université de Floride décrit ce prélèvement sur les pousses de la génération
précédente d’arbres mères identifiés. Ce greffon ne redevient pas jeune en changeant de racines. Il
arrive chez vous avec sa maturité acquise ailleurs.

D’où un délai sans rapport avec celui du semis. L’université Clemson, qui publie des fiches
techniques pour les jardiniers, donne un repère précieux parce qu’il distingue les espèces : les
orangers, pamplemoussiers et mandariniers greffés doivent croître environ cinq ans avant de
fleurir, tandis que « les citronniers demandent un à trois ans pour franchir la juvénilité ». Le
citronnier est, de ce point de vue, l’agrume le plus pressé.

La même source ajoute une évidence commerciale qu’il vaut mieux connaître avant d’acheter : un sujet
plus grand produira souvent plus tôt. Vous n’achetez pas seulement un arbre, vous achetez les années
que le pépiniériste a déjà passées dessus.

Jeunes citronniers 4 Saisons tout juste greffés en godets, liens de greffe encore en place
Au stade où l’on voit encore le lien de greffe, le greffon a déjà l’âge adulte du pied dont il a été prélevé.

Produire n’est pas porter : pourquoi nous retirons les fruits deux ans

Un jeune greffé fleurit, noue, et vous tend trois citrons la première année. C’est flatteur et c’est
une mauvaise affaire. Ces fruits se construisent avec des ressources que l’arbre ne met pas dans ses
racines, son tronc et ses charpentières.

Sur le domaine, les fruits des deux premières années sont retirés pour que l’arbre fasse du bois
et grandisse. C’est un renoncement réel : deux récoltes sacrifiées sur un arbre qui en était
capable. Nous l’assumons parce que la suite le rend, et parce qu’un sujet qui a porté trop tôt reste
longtemps petit.

Le geste mérite d’être précisé, parce que c’est là que beaucoup se trompent. Nous n’enlevons pas
les fleurs
, nous enlevons les jeunes fruits, quand ils atteignent cinq millimètres. La nuance
n’est pas de détail : supprimer les fleurs pousse l’arbre à en refaire, et la dépense recommence.
Attendre la nouaison et retirer le fruit arrête la dépense là où elle compte, une fois que l’arbre a
engagé sa ressource. Cinq millimètres, c’est la taille d’un grain de poivre, et c’est le moment où
l’on voit lequel a vraiment noué.

Le principe n’est pas propre aux agrumes. La conduite des jeunes fruitiers vise d’abord une
charpente solide, et la fiche technique agrumes publiée par le CIRAD et l’INRA pour la Polynésie
française décrit cette taille de formation sur les jeunes arbres, avec la sélection de trois rameaux
bien répartis destinés à devenir les charpentières. Un arbre qu’on laisse fructifier avant d’avoir
cette structure porte sa récolte sur du bois qui n’est pas prêt à la recevoir.

Quatre ans pour que l’arbre porte vraiment

Un arbre planté met du temps à faire corps avec son nouveau terrain. Nous comptons quatre ans
pour qu’il s’installe et atteigne la vigueur d’une grosse mise à fruit. Avant cela, il donne, mais
il ne porte pas.

Ce qui se passe pendant ces quatre ans n’est pas visible, et c’est pour cela qu’on l’oublie. Ce
n’est pas la ramure qui travaille, c’est la racine. Quelle que soit la taille du sujet acheté,
le système racinaire repart de zéro dans un sol qu’il ne connaît pas, et il lui faut ces quatre
années pour avoir, selon la formule que nous employons ici, plus de paille pour aspirer l’eau et
la nourriture
.

Cette observation nuance un conseil que l’on entend partout, y compris chez Clemson : acheter un
sujet plus grand ferait produire plus tôt. Les deux choses sont vraies et ne parlent pas de la même
chose. Un grand sujet produit plus tôt, parce qu’il porte déjà du bois adulte et davantage de
charpente. Il ne s’installe pas plus vite pour autant, parce que ses racines, elles, découvrent
votre terre au même rythme que celles d’un petit. Payer plus cher achète des années de ramure, pas
des années de racines.

Les repères professionnels vont dans le même sens, avec des chiffres un peu plus longs parce qu’ils
parlent de vergers commerciaux. Une synthèse publiée par le CIRAD situe la première récolte
commerciale à cinq ou six ans après plantation, la pleine fructification venant vers dix à onze ans.
Un manuel technique algérien sur la culture des agrumes place le passage en production vers la
cinquième année, et ajoute une remarque qui donne froid dans le dos : un échec d’installation ne se
voit souvent que quatre à cinq ans après la plantation. Autrement dit, la période pendant
laquelle vous attendez des fruits est aussi celle pendant laquelle une erreur de plantation reste
invisible.

Situation de départ Première floraison possible Vraie récolte
Pépin semé 5 à 10 ans au minimum selon la recherche, jusqu’à 16 ans constatés ici au-delà, sans garantie
Jeune greffé planté dès la première année, 1 à 3 ans pour sortir de juvénilité selon Clemson environ 4 ans après plantation, d’après notre conduite
Sujet en pot acheté en fruits fruits déjà présents à l’achat à partir de l’année suivant l’achat

Le cas le plus fréquent : le citronnier en pot acheté en fruits

C’est la situation de la plupart des lecteurs, et elle mérite d’être dite franchement. Les
citronniers vendus en pot portent déjà des fruits au moment de l’achat. Ils ont été poussés pour
cela en production, et ces fruits reflètent la conduite de la pépinière, pas l’état de l’arbre chez
vous.

Notre conseil est simple et il va à rebours de ce qu’on a envie de faire en rentrant chez soi :
supprimez les fruits de l’année d’achat, et mangez ceux des années suivantes. L’arbre vient de
changer de lumière, d’air, d’eau et souvent de pot. Lui laisser finir une récolte dans ces
conditions, c’est lui demander deux efforts à la fois.

Ce que vous sacrifiez là, c’est l’ornement d’une saison, pas la récolte future. Vous la retrouverez
dès l’année d’après, sur un arbre qui aura passé son premier automne à s’installer plutôt qu’à finir
une production commencée ailleurs.

Ce qui repousse l’échéance, et que personne ne vous dira en vendant l’arbre

Le délai annoncé suppose que l’arbre a ce qu’il lui faut. Dans le cas contraire, il ne meurt pas, il
attend, parfois des années, et c’est la cause la plus fréquente d’un citronnier qui « ne donne
jamais ».

  • La lumière. Un agrume qui manque de soleil fait des feuilles, pas des fruits. C’est la
    première chose à corriger avant d’accuser l’engrais.
  • Le volume de pot. Un contenant trop petit limite tout, et un rempotage trop tardif coûte une
    saison. Nous détaillons le sujet dans
    cultiver un citronnier en pot sous climat froid.
  • L’hivernage. Un sujet qui souffre du froid consacre le printemps suivant à se reconstituer.
    Une ou deux années de production peuvent y passer.
  • La taille. Trop sévère, elle relance la végétation et retarde la mise à fruit. Le bois qui
    porte est celui qu’on a laissé vieillir.
  • Le porte-greffe. Il conditionne la vigueur, l’adaptation au sol et la rapidité d’entrée en
    production, et le choix se fait à l’achat, jamais après.

Sur ce dernier point, nous prenons volontairement le contre-pied de l’argument de vente le plus
courant. Nos citronniers sont greffés sur C35, un porte-greffe dont les catalogues vantent
surtout la précocité et la productivité. Ce n’est pas pour cela que nous l’avons retenu : nous
l’avons choisi pour notre sol et pour la qualité des fruits, pas pour déclencher une
production précoce ni une surproduction. Un porte-greffe se choisit d’abord sur la terre qu’il va
devoir explorer, ce qui rejoint la façon dont nous
adaptons l’arrosage à la nature du sol
plutôt que l’inverse.

Si votre arbre perd ses feuilles plutôt que de fleurir, le problème n’est pas le délai mais sa
santé : le diagnostic est dans
citronnier qui perd ses feuilles.
Et si vous en êtes encore au choix du sujet, nos
relevés de prix des citronniers montrent
ce que coûtent, justement, les années déjà passées sur l’arbre.

Questions fréquentes

J’ai semé un pépin de citron, vais-je avoir des citrons ?
Probablement, mais pas avant plusieurs années, et la fourchette est très large : la recherche parle
d’au moins cinq à dix ans avant floraison, et nous avons vu seize ans. Si votre but est de récolter,
achetez un greffé. Si votre but est de faire pousser un arbre, semez.

Mon citronnier greffé a fleuri l’année de la plantation, dois-je garder les fruits ?
Chez nous, non. Les deux premières années, les fruits sont retirés pour que l’arbre construise son
bois et ses racines. Vous perdez deux récoltes modestes et vous gagnez un arbre qui portera.

Pourquoi retirer des fruits déjà formés sur un sujet que je viens d’acheter ?
La raison tient à l’arbre, pas aux fruits : il vient de changer de lumière, d’eau et souvent de pot,
et il a mieux à faire que de terminer une production commencée en pépinière. C’est la seule année
où nous conseillons de sacrifier la récolte d’un sujet en pot.

Pourquoi mon citronnier fleurit mais ne garde pas ses fruits ?
La chute des jeunes fruits est normale en partie : l’arbre ajuste sa charge. Elle devient un signal
quand elle est massive, et renvoie en général à l’eau, à la lumière ou à un choc récent plutôt qu’à
l’âge de l’arbre.

Sources et pour aller plus loin

À lire dans le même dossier :
Le Verger & Agrumes · Cultiver un citronnier en pot sous climat froid · Citronnier qui perd ses feuilles · Prix des citronniers

Rédigé et vérifié par , exploitation agricole et arboricole certifiée en agriculture biologique, à Nice.